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IONA VAVASSEUR

À dix ans, Iona Vavasseur sillonnait déjà la France et l’outre-mer en tournée. Aujourd’hui, c’est sur les plateaux et dans les salles de répétition qu’elle continue de voyager — d’un rôle à l’autre, d’un regard d’enfant à une scène de théâtre.

À 26 ans, Iona Vavasseur est de celle que l’on reconnaît à leur énergie. Une énergie débordante, joyeuse, vive, qui circule dans le corps comme une nécessité. Ce que l’on pourrait appeler de l’hyperactivité est devenu, avec le temps, un véritable moteur de création. Comédienne, metteuse en scène en devenir et professeure de théâtre au sein de la compagnie THÉÂTRE etc. à Argenteuil, Iona cultive un rapport au jeu profondément collectif, généreux et vivant, visible dans chacun de ses projets.

Formée aux Cours Florent à Paris, qu’elle intègre en 2022 et dont elle sort diplômée en juin 2025, Iona arrive au théâtre avec une première envie de cinéma, et un désir simple mais immense : vivre cent vies. Le théâtre s’impose alors comme une évidence. Ce qui la saisit, c’est l’esprit de troupe, la respiration commune, la possibilité qu’une même scène ne se joue jamais deux fois de la même manière. « Venir jouer chargé de tout ce qu’on a vécu dans la journée », dit-elle, comme on parle d’une matière brute, humaine, indispensable au plateau.

Durant sa formation, une rencontre est décisive : celle d’Antonia Malinova, sa professeure en deuxième année. Elle marque durablement sa vision du théâtre et son rapport au jeu. Parmi les rôles qui jalonnent son parcours, Olga dans Les Trois Sœurs de Tchekhov occupe une place à part. Une femme forte en apparence, investie d’une autorité familiale, mais qui, selon Iona, « fait l’autruche ». Ce paradoxe la touche profondément. Elle parle de ce personnage comme d’une présence qu’elle aurait encore envie d’accompagner, presque d’aider, de retravailler à l’avenir.

Aux Cours Florent, Iona affine aussi des outils précieux : le jeu masqué, l’improvisation, qui lui permet de gagner une confiance solide dans ses propositions, et surtout, la découverte du travail de mise en scène. Elle y révèle une sensibilité particulière aux images, aux tableaux, à la direction d’acteurs. Une autre façon de raconter, de guider, d’écouter.

Les projets à venir témoignent de cette effervescence. Iona fait partie de la création d’un collectif autour du spectacle « Catarina et la beauté de tuer les fascistes » de Tiago Rodrigues, né comme travail de fin d’études et sélectionné pour Les Hivernales, le festival interne des meilleurs spectacles de l’école. Elle participe également aux « Contes à rebours », une écriture collective, elle aussi retenue aux Hivernales, avec l’espoir de présenter ce projet au Festival d’Avignon. En parallèle, elle reste en lien étroit avec plusieurs de ses professeurs et développe de nouveaux projets à leurs côtés, dans un mouvement constant de recherche et de transmission.

C’est peut-être là que tout se rejoint : sur le terrain de la transmission. Si Iona a choisi d’enseigner le théâtre aux enfants, c’est avant tout pour leur transmettre la joie du jeu, la joie du théâtre. Elle voit la scène comme un sport collectif, où l’on apprend à écouter, à se soutenir, à faire équipe. Dans ses cours, elle cherche moins la performance que l’élan, moins la réussite que l’envie. Le théâtre devient un espace où l’on a le droit d’essayer, de rater, de recommencer ensemble.

Au fond, cette pédagogie résonne avec son propre parcours. Enfant déjà, Iona était partout : sportive, musicienne (trombone, orchestres, fanfares), curieuse de tout jusqu’à vouloir apprendre le chinois. Elle obtient son BAFA en 2017, passe un bac scientifique, puis suit cinq années d’études en école d’ingénieur. Une trajectoire plurielle, versatile, riche, qui trouve aujourd’hui un écho naturel dans le théâtre, cet art qui autorise toutes les couches de vie à cohabiter.

Et puis il y a l’humour, toujours. Quand elle lâche, en souriant : « Molière, c’est pas de la balle », on comprend que le théâtre, pour elle, n’est jamais figé, jamais sacralisé à l’excès mais toujours incarné.

Avant de monter sur scène, si elle devait avoir un rituel, ce serait simple : un câlin collectif avec toute l’équipe, puis un moment pour se recentrer, respirer, se rendre disponible. Comme un battement de cœur partagé avant le saut.

Avec Iona Vavasseur, le théâtre est un lieu de passage, de jeu, de rencontre. Un endroit où l’on avance ensemble, enfants comme adultes, portés par la même envie : celle de jouer, pleinement, joyeusement, et sans jamais faire exactement la même chose deux soirs de suite.

article de Flora Calman

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