Marina Delavau
Elle a grandi entre la lumière éclatante de la Méditerranée et les pierres plus grises du Nord. De Nice à la Corse, de Poitiers à Bordeaux, jusqu’à Paris… Marina Delavau a appris très tôt que le mouvement forge l’âme. Même si ses pas l’ont menée toujours plus au nord, elle reste, au plus profond d’elle-même, une fille du Sud. Elle y retourne pour retrouver le silence, la chaleur, la lenteur propice aux lectures et aux pauses nécessaires.
Mais partout où elle a vécu, une constante : le théâtre.

Marina commence le théâtre toute petite, initiée par sa mère qui lui transmet le goût de l’art et de la culture, ce qu’elle appelle aujourd’hui le « plaisir artistique ». Elle se souvient des grandes statues colorées de Nice, des cours de danse, des spectacles d’école.
En Corse, vers huit ans, elle suit des cours… en dessous d’un bar. Un lieu feutré, vintage, intime. Un comptoir, une lumière chaude, et une enfant parmi des adultes. Elle garde de cet endroit un souvenir précieux : celui d’un espace chaleureux où l’on crée ensemble, où l’on ose.
Très tôt, elle comprend que la scène est un espace sacré.
Au lycée à Poitiers, elle prend le théâtre comme spécialité. C’est une révélation : oui, on peut faire de comédien un métier. Elle décide de se professionnaliser et part à Bordeaux, où elle intègre le conservatoire et une licence de théâtre.
Après trois années, elle monte à Paris pour poursuivre sa formation aux Cours Florent, où elle sera également assistante, et suit en parallèle une formation en voix off. Une phrase de son professeur Olivier Tchang Tchong l’accompagne depuis :
« La peur n’évite pas le danger. »
Une phrase simple, presque brutale, mais qui éclaire le chemin de l’artiste. Continuer malgré le doute. Oser malgré la peur.
Car, comme elle le dit elle-même :
« La scène, c’est endurant. »
Marina joue deux saisons au Festival d’Avignon, l’un des plus grands festivals de spectacle vivant au monde, où chaque été la ville devient un immense théâtre à ciel ouvert. Depuis, elle y retourne chaque année comme spectatrice, fidèle à cette effervescence artistique.


Elle interprète Les Contes des presque Fins du Monde, spectacle né d’une compagnie Diphda créée avec des artistes rencontrés au conservatoire de Bordeaux. À Paris, elle joue également avec la compagnie Pour que ça ait du Sens, notamment à La Gaîté Montparnasse, expérience marquante sur la scène d’un grand théâtre.

Elle accorde une importance profonde à la notion de groupe, à l’esprit de groupe. À l’heure où l’individualisme domine, créer du collectif devient un acte presque politique. Elle a d’ailleurs fondé un collectif avec d’anciens élèves des Cours Florent : preuve que le théâtre dépasse les murs des salles de répétition.
Aujourd’hui, elle travaille sur un nouveau projet, Caligula, avec une nouvelle équipe. Toujours chercher, toujours recommencer.
Un rôle la fait rêver : Phèdre. Ce mythe incandescent l’habite au point qu’elle commence à écrire un spectacle autour de ce personnage. Comme une nécessité intérieure.

Il y a trois ans, Marina rejoint l’équipe de THE@TRE etc. à Argenteuil comme metteuse en scène, animatrice d’atelier et comédienne. Depuis deux ans, elle développe davantage son travail de mise en scène. Sa prochaine étape : obtenir un Diplôme d’État pour enseigner le théâtre en établissement public ou privé.
Au sein de THE@TRE etc. elle participe en tant que comédienne à THÉÂTRE À DOMICILE où tous les animateurs et metteurs en scène de la compagnie se retrouvent pour jouer ensemble auprès d’un public chaleureux et conquis.

Un nouveau projet HISTOIRE DE COEUR voit le jour cette année, dont elle signe l’écriture avec Cristina Sarabia, Elle y interprète des personnages historiques, que nous découvrirons prochainement sur nos réseaux.
Marina signera quatre mises en scène d’ici le mois de juin. Pour accompagner les participants, Marina se présente comme une partenaire de jeu.

Elle a un très fort rapport à la transmission. Partir des gens, de leurs envies, de leur matière sensible, et les guider dans une démarche artistique. Ce qui lui importe : rappeler le plaisir de jouer, élargir la palette des émotions même celles que l’on ne s’autorise pas dans la vie quotidienne.
On croit souvent que tout est centré sur soi, que l’on va être ridicule, que tous les regards pèsent. Mais elle le répète : tout part de l’autre. Il faut savoir écouter. Être acteur, et aussi spectateur.
L’écoute est essentielle.
Avant d’entrer en scène, elle s’échauffe avec le groupe, puis s’isole. Elle a besoin de sa bulle. Respirer loin du public, ne pas entendre le brouhaha. Se recentrer. Retrouver son énergie, sans se laisser influencer par celle de la salle.
Puis elle entre.
Et le théâtre recommence.
Dans ses ateliers à THE@TRE etc., ce qui la marque le plus, ce sont les gestes de tendresse. Ces élans spontanés entre des personnes d’âges différents qui ne se connaissent parfois qu’ici.
Un jour, une petite fille apprend que ce sera l’anniversaire d’un camarade la semaine suivante. Elle prépare en secret un morceau de flûte et le joue pour lui.
Marina parle de « belles douceurs ».
De solidarité.
De beauté simple.
Pour Marina, le théâtre est essentiel dans notre société actuelle. C’est un art complet, enthousiasmant, exigeant. Voir la joie éclore sur un plateau est un acte politiquement fort.
Pour Marina, le théâtre est le plus ancien lieu de rencontre du monde. La culture est fragile. Parce qu’elle libère. Parce qu’elle protège la parole. Et c’est précisément pour cela qu’il faut la défendre.
Marina Delavau avance avec détermination, douceur et engagement. Entre exigence artistique et générosité humaine, elle incarne un théâtre vivant, collectif, sensible.
Son mot de la fin pourrait être un appel :
Continuer de rêver grand.
Encourager le théâtre.
Ne jamais cesser de créer des espaces sacrés où l’on se rencontre vraiment.
article écrit par Flora Calman

