Apprendre le masculin : Un atelier qui bouscule les codes.
Quand les filles deviennent garçons : Un exercice de théâtre pour bousculer le genre.
Dans la salle encore tiède du dernier atelier, elles sont arrivées entre deux rires. Des jeunes filles, chemises ouvertes sur des t-shirts trop grands, vestes empruntées aux grands frères, cheveux noués sous des bonnets un peu de travers. Rien d’extravagant : juste un jeu, un pas de côté. Pourtant, sous la lumière du plateau, quelque chose s’est ouvert.
Elles n’allaient pas seulement « se déguiser ». Elles allaient habiter.

D’abord, on s’inspire!
Marina montre aux filles des extrais de pièces où tous les rôles masculins sont joués par des filles.
Le théâtre, cet endroit où les frontières s’adoucissent
Le théâtre est un lieu étrange : on y vient pour être quelqu’un d’autre, et l’on repart en se connaissant mieux soi-même. Depuis toujours, c’est un espace où le genre se déplie, se renverse, se joue.
Autrefois, les hommes jouaient les reines, aujourd’hui les femmes incarnent les princes, et parfois tout le monde joue tout le monde, sans que ça heurte les murs.



Le travestissement comme loupe : observer les codes, les désapprendre
On croit souvent que « jouer un garçon », c’est mettre une casquette, baisser un peu la voix. Mais très vite, l’exercice révèle autre chose :
la manière dont un personnage avance, s’assoit, regarde, laisse ou non la place, dit déjà beaucoup du monde qui l’a façonné.
Alors les filles testent.
Un pas plus lourd. Puis plus large.
Un regard frontal. Puis une retenue pudique.
Un rire qui s’éteint vite, un menton qui se relève, un dos qui s’arrondit.
Elles découvrent que la masculinité n’est pas un bloc, mais mille petites constructions. Certaines leur sont familières, d’autres étrangères. Et dans ce jeu de variations, elles entrevoient ce que nous oublions souvent : nous performons tous un rôle, sans même y penser.








Rapport de force et place dans le groupe
Au fil des exercices, un autre terrain s’est révélé : celui des rapports de force, si subtils et pourtant si puissants à l’adolescence. Jouer des garçons, c’était aussi toucher du doigt les hiérarchies invisibles qui organisent les groupes, les alliances qui se font et se défont, la manière dont chacun conquiert ou protège sa place. À travers ces rôles masculins, elles ont observé leurs propres dynamiques. Et dans ce jeu d’équilibres, certaines ont trouvé un courage nouveau, d’autres une douceur inattendue toutes ont appris que la force peut changer de visage selon celui qui la porte.


À la fin, que reste-t-il ?

Au bout de ce parcours, une pièce les attend. Son titre reste secret, presque un talisman que l’on ne dévoile qu’au dernier moment. On sait seulement qu’elle demandera aux comédiennes d’aller encore plus loin dans l’incarnation, d’oser se perdre pour mieux se retrouver. Ce qu’elles découvrent aujourd’hui dans l’exercice du “devenir garçon” n’est qu’un premier indice, une clé parmi d’autres d’un spectacle encore enveloppé de brume.
Mise en scène Marina Cappe – Article de Flora Calman
