Cristina S. Sarabia
Il y a dans son regard quelque chose du sud, une chaleur vive, presque indocile, celle de son Espagne natale. Et puis il y a cette anecdote improbable, presque irréelle : un jour, sur scène, Cristina a mangé avec un zombie. Comme si, déjà, elle nous murmurait que le théâtre n’a pas de frontières, ni de logique, seulement des possibles.
Cristina S. Sarabia est de celles qui avancent sans cesse. Débrouillarde, curieuse, perfectionniste, baroudeuse, les mots semblent à peine suffire pour contenir son énergie. Petite, elle est introduite aux spectacles et aux concerts, elle y découvre le plaisir du spectacle vivant. Pour Cristina, le théâtre est l’origine de la distraction, inspirant nos nouveaux médias. Sur scène, tout devient possible : une jeune femme peut être une vieille âme, un humain peut devenir animal, et l’imaginaire n’a plus de limites. C’est là qu’elle choisit de vivre.
Tout comme elle, son parcours multiplie les horizons.
Avant de se consacrer pleinement au théâtre, elle travaille, apprend et s’adapte : serveuse, ouvrière, animatrice, professeure de langues. Chaque expérience devient une de plus à sa palette. Elle y voit toujours du sens, toujours quelque chose à apprendre. Après le lycée, elle s’engage dans une double licence en ingénierie, parce qu’elle ne fait rien à moitié. Mais très vite, elle revient à l’essentiel, car le théâtre ne la quitte jamais, elle intègre une classe préparatoire, puis réussit le concours de l’ESAD de Murcia en 2016. Une école prestigieuse où elle se forme pendant quatre ans. Là-bas, un projet la marque profondément : une adaptation de Phèdre dans un univers de maison close. Une relecture audacieuse, dérangeante, où elle incarne une prostituée. Une œuvre qui, selon elle, aurait mérité de vivre au-delà des murs de l’école.


C’est aussi pendant cette période qu’elle découvre une autre vocation : transmettre.
Invitée par sa professeure d’expression corporelle à intervenir auprès de seniors, elle fait ses premiers pas en tant que pédagogue. Transmettre, ce n’est pas enseigner un savoir figé. C’est révéler.
Elle parle de parfum : chacun a le sien, unique, irremplaçable. Son rôle est d’aider chaque élève à le faire exister. Elle enseigne le jeu, bien sûr, mais surtout l’écoute, la connexion, la complicité. Elle défend un théâtre vivant, mouvant, où l’improvisation existe toujours même au cœur de mises en scènes figées. Parce que jouer, c’est être là, pleinement, avec l’autre.
Cristina parle du théâtre comme d’une addiction. Une passion dévorante, exigeante, parfois dangereuse. Construire un personnage, dit-elle, c’est le laisser s’encrer jusqu’à notre ADN. C’est se laisser envahir puis apprendre à s’en détacher. Elle insiste sur cette frontière fragile entre soi et le rôle. Et puis, le monologue, n’existe pas vraiment. Car, oui, on parle toujours à quelqu’un. Présent ou absent. Visible ou invisible. Le théâtre est dialogue, même dans le silence.

En 2021, elle quitte l’Espagne pour la France.
Le 14 février. Une date symbolique qu’elle ne peut pas oublier. Nouveau pays, nouvelle langue, nouvelle vie. Un saut dans l’inconnu, guidé par cette même curiosité qui ne l’a jamais quittée.

À Argenteuil, elle s’inscrit à un cours de théâtre. C’est là qu’elle rencontre Marie-France Saint-Dizier. Et très vite, une évidence s’impose : Cristina n’est pas une élève comme les autres. Elle est déjà une artiste accomplie. De cette rencontre naît une collaboration, puis une place essentielle au sein de la compagnie THE@TREetc. Aujourd’hui, Cristina en est une des forces vives. Elle accompagne des enfants, comme des adultes, anime des ateliers d’improvisation, met en scène, crée des spectacles tout du long de l’année. Elle intervient aussi en milieu scolaire, élargissant encore le terrain du jeu et de la transmission.


Mais surtout, elle joue et accompagne des projets.
- Elle joue pour théâtre à Domicile, qui est d’abord une expérience intime, où le quatrième mur disparaît. Ici, le spectateur n’est plus à distance : il est dedans. L’acteur s’adapte, vibre autrement, déploie toute la finesse de son jeu.
- Elle joue et accompagne les immersions Théâtre Histoire et petites histoires, des voyages dans le temps où l’on apprend autant qu’on joue, à travers toutes les époques.
- Elle joue et accompagne la mission Loin des écrans, un projet essentiel, ancré dans son époque. Offrir aux enfants autre chose que le numérique : l’imaginaire, le collectif, le jeu incarné. Leur rappeler qu’ils peuvent être les créateurs de leurs propres mondes.
- Cristina écrit aussi. Pour les enfants, pour la scène, pour l’image.
- Pour Histoires de Cœur Cristina est à la fois autrice, réalisatrice, comédienne, monteuse, vidéaste. Une artiste totale.




Cristina à la régie lumière
Dans la compagnie THE@TREetc., Cristina S. Sarabia ne se contente pas de jouer ou de transmettre. Marie-France lui propose une formation à la régie lumière, qu’elle accepte à bras ouverts, pour compléter sa palette de savoirs.
Et peut-être que c’est cela, au fond, le théâtre selon Cristina :
un espace où l’on ose tout
même manger avec des zombies
pour mieux raconter les vivants.
Article écrit par Flora Calman

Le zombie en question !
